samedi 4 août 2012

ARTICLE : Le joker contre la dame rouge

On a beaucoup entendu parler du Joker dernièrement.
Les tireuses de cartes prétendent que si dans son aspect positif, il ouvre des potentialités non exploitées et fait entrevoir des opportunités inattendues, il représente en revanche la folie et l'instabilité lorsqu'il laisse s'exprimer son côté négatif.




Mais il est une autre carte dont j'aimerais parler dans cet article. Une carte à laquelle Lewis Carroll, dans son "Alice au pays des merveilles" prêtait des vertus bien plus redoutables : la dame rouge.




Pour rafraîchir la mémoire, ou pour donner envie d'en lire plus, voici un petit passage du roman.




« Juste à ce moment, je ne sais pourquoi, (Alice et la Reine Rouge) se mirent à courir.
 Ce qu'il y avait de plus curieux, c'est que les arbres et tous les objets qui les entouraient ne changeaient jamais de place : elles avaient beau aller vite, jamais elles ne passaient devant rien. “Je me demande si les choses se déplacent en même temps que nous ?” pensait la pauvre Alice, tout intriguée. Et la Reine semblait deviner ses pensées, car elle criait : “Plus vite ! Ne parle pas !”
(…) Alice regarda autour d'elle d'un air stupéfait.
— Mais voyons, s'exclama-t-elle, je crois vraiment que nous n'avons pas bougé de sous cet arbre ! Tout est exactement comme c'était !
— Bien sûr, répliqua la Reine ; comment voudrais-tu que ce fût ?
— Ma foi, dans mon pays à moi, répondit Alice, encore un peu essoufflée, on arriverait généralement à un autre endroit si on courait très vite pendant longtemps, comme nous venons de le faire.
— On va bien lentement dans ton pays ! Ici, vois-tu, on est obligé de courir tant qu'on peut pour rester au même endroit. »
(Lewis Carroll – Alice au pays des merveilles – De l’autre coté du miroir).



Ça ne vous rappelle rien ?
Courir toujours plus vite, faire toujours plus d'efforts, et surtout, ne pas parler. Ce n'est pas ce que l'on vous demande en permanence ? et pour quel résultat ? pour que rien ne change ?


La société dans laquelle nous vivons a pris les traits de cette dame rouge. Elle nous demande toujours plus, et en échange, elle nous promet que rien ne changera, que nous garderons notre pouvoir d'achat, que nous resterons en sécurité à l'intérieur de nos frontières, que nos enfants exerceront un métier similaire au nôtre.
Est-ce cela que nous voulons ?


Mais il serait naïf de penser que la dame rouge ne s'appuie que sur notre peur de l'avenir et de l'inconnu pour asseoir son pouvoir. Si elle nous fait courir sur place, ce n'est pas seulement pour que rien ne change, c'est aussi pour nous fatiguer.
Après une dure journée de labeur, il est tentant, voire naturel, de prendre un peu de repos et de nous laisser doucement bercer par le ronronnement lancinant de la télévision. Ceux à qui on réserve les rares émissions un peu instructives, en plein milieu de la nuit, sont justement ceux qui n'ont pas besoin de se lever tôt le matin. Rentiers ou chômeurs, ils sont jugés trop dépendants du système pour vouloir lui nuire.


Et puis, en plus de tout figer sur place et de nous fatiguer, la dame rouge dispose d'un autre moyen pour exercer son autorité, elle peut nous empêcher de parler, même si comme dans le roman, ce troisième pouvoir n'est pas aussi efficace que les deux premiers. Elle peut nous ordonner de nous taire, elle peut crier plus fort que nous, mais elle ne peut nous réduire totalement au silence.


À nous de nous organiser pour détrôner cette puissance inique et malfaisante qui, en plus de nous empêcher de réaliser notre destin, nous mène droit dans le mur, autant sur le plan social que sur le plan économique ou écologique. Et puisque le pouvoir ne semble pas vouloir nous délivrer de cette dame rouge, ce sera au joker de le faire.




Et pour les plus techniques d'entre nous, je joins une petite vidéo afin de les convaincre que même si elle fait de son mieux, la dame rouge ne nous a pas encore condamnés au silence.


video


Elle date un peu, mais je pense qu'elle est toujours d'actualité.

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