Depuis que j’ai démarré ce blog, je reçois parfois des
messages privés qui me demandent pourquoi, au lieu d’appeler à la destruction
du système en place, je n’en propose pas un meilleur.
Ma réponse sera simple : un arbre pourri ne peut pas
donner de bons fruits.
Et puis, élaborer sur papier un nouveau système me semble
être un exercice purement intellectuel et peu productif. Comme tout citoyen
européen, les moyens dont je dispose pour défendre mes idéaux se limitent à
l’action et à la parole.
Si je fais en sorte de profiter de toutes les occasions pour
nuire au système et pour ne pas coopérer avec la société aliénante et
provocatrice qui m’oppresse, je ne compte pas élaborer un stratagème ou un
programme politique qui permettrait d’accéder à un monde meilleur, et ce pour
une raison simple : toutes les actions constructives sont récupérées et
perverties par le système.
Il vous faut des exemples ?
La microfinance,
censée relancer l’économie dans des contrées déshéritées, n’est plus qu’un
moyen parmi tant d’autres pour faire travailler, à moindres frais, des
malheureux auxquels on concède un minimum vital pour pouvoir les exploiter plus
longtemps.
Le business vert
n’a été qu’un prétexte pour vendre de nouveaux produits, tout aussi nocifs pour
l’environnement, mais plus chers que les anciens.
La recherche
humanitaire, destinée à apporter nourriture et confort aux pays du tiers
monde, a permis à des apprentis sorciers de se donner bonne conscience en
utilisant des hommes comme des cobayes.
Je pourrais multiplier les exemples à l’infini.
À mon sens, seule l’action individuelle – sabotage ou
résistance – peut échapper à la récupération par le système, et quand je ne
suis pas dans ce type d’actions, sur lesquelles je suis obligé de rester
discret, la seule arme qui me reste est la parole.
Et n’en déplaise aux poètes, la parole aussi a ses limites.
Le système en place maîtrise le langage et les médias qui le
véhiculent. Il peut facilement choisir ses armes et utiliser des termes
connotés à loisir.
Le terme « croissance »
est tellement chargé de sens positif qu’il est difficile de se prononcer
contre. Pire, si l’on veut parler de « décroissance » comme de son opposé, on se voit obligé de
parler de « récession » et
d’expliquer en quoi un terme aussi effrayant n’est peut-être que la dernière
alternative qui nous reste.
Ainsi, derrière des valeurs positives qu’il est facile
d’écrire sur le papier, le système se tient prêt à faire passer des mesures
concrètes et redoutables pour les citoyens.
L’égalitarisme a
accouché du communisme, l’un des systèmes
les plus iniques qui aient été inventés jusqu’à nos jours.
Derrière la redistribution
se cache l’enrichissement des
intermédiaires, et donc la paupérisation
des producteurs, qu’ils soient agriculteurs, ouvriers ou informaticiens.
Même la liberté
n’a pas résisté aux assauts du système qui en ont tiré le libéralisme.
Alors, ne comptez pas sur moi pour élaborer une doctrine
pleine de valeurs positives et de bons sentiments pour la voir ensuite
récupérée par une minorité dotée de moyens conséquents, et capable de tordre
chacun des concepts que j’y aurais mis pour en tirer profit.
Actuellement, la seule option qui nous reste – la seule
option qu’ils nous laissent – est de tout raser pour voir ensuite ce qui renaîtra
des cendres de la société de provocation dans laquelle nous vivons. Les
générations futures devront prendre leurs responsabilités, la nôtre est de tout
brûler.












