dimanche 29 juillet 2012

ARTICLE : Il n'y a pas de résistance constructive


Depuis que j’ai démarré ce blog, je reçois parfois des messages privés qui me demandent pourquoi, au lieu d’appeler à la destruction du système en place, je n’en propose pas un meilleur.

Ma réponse sera simple : un arbre pourri ne peut pas donner de bons fruits.



Et puis, élaborer sur papier un nouveau système me semble être un exercice purement intellectuel et peu productif. Comme tout citoyen européen, les moyens dont je dispose pour défendre mes idéaux se limitent à l’action et à la parole.

Si je fais en sorte de profiter de toutes les occasions pour nuire au système et pour ne pas coopérer avec la société aliénante et provocatrice qui m’oppresse, je ne compte pas élaborer un stratagème ou un programme politique qui permettrait d’accéder à un monde meilleur, et ce pour une raison simple : toutes les actions constructives sont récupérées et perverties par le système.

Il vous faut des exemples ?
La microfinance, censée relancer l’économie dans des contrées déshéritées, n’est plus qu’un moyen parmi tant d’autres pour faire travailler, à moindres frais, des malheureux auxquels on concède un minimum vital pour pouvoir les exploiter plus longtemps.
Le business vert n’a été qu’un prétexte pour vendre de nouveaux produits, tout aussi nocifs pour l’environnement, mais plus chers que les anciens.
La recherche humanitaire, destinée à apporter nourriture et confort aux pays du tiers monde, a permis à des apprentis sorciers de se donner bonne conscience en utilisant des hommes comme des cobayes.
Je pourrais multiplier les exemples à l’infini.





À mon sens, seule l’action individuelle – sabotage ou résistance – peut échapper à la récupération par le système, et quand je ne suis pas dans ce type d’actions, sur lesquelles je suis obligé de rester discret, la seule arme qui me reste est la parole.

Et n’en déplaise aux poètes, la parole aussi a ses limites.

Le système en place maîtrise le langage et les médias qui le véhiculent. Il peut facilement choisir ses armes et utiliser des termes connotés à loisir.
Le terme « croissance » est tellement chargé de sens positif qu’il est difficile de se prononcer contre. Pire, si l’on veut parler de « décroissance » comme de son opposé, on se voit obligé de parler de « récession » et d’expliquer en quoi un terme aussi effrayant n’est peut-être que la dernière alternative qui nous reste.

Ainsi, derrière des valeurs positives qu’il est facile d’écrire sur le papier, le système se tient prêt à faire passer des mesures concrètes et redoutables pour les citoyens.
L’égalitarisme a accouché du communisme, l’un des systèmes les plus iniques qui aient été inventés jusqu’à nos jours.
Derrière la redistribution se cache l’enrichissement des intermédiaires, et donc la paupérisation des producteurs, qu’ils soient agriculteurs, ouvriers ou informaticiens.
Même la liberté n’a pas résisté aux assauts du système qui en ont tiré le libéralisme.

Alors, ne comptez pas sur moi pour élaborer une doctrine pleine de valeurs positives et de bons sentiments pour la voir ensuite récupérée par une minorité dotée de moyens conséquents, et capable de tordre chacun des concepts que j’y aurais mis pour en tirer profit.



Actuellement, la seule option qui nous reste – la seule option qu’ils nous laissent – est de tout raser pour voir ensuite ce qui renaîtra des cendres de la société de provocation dans laquelle nous vivons. Les générations futures devront prendre leurs responsabilités, la nôtre est de tout brûler.

vendredi 20 juillet 2012

FICTION : Un futur proche ?


On l'avait pourtant vu venir.


video


Plus de la moitié des jeunes de moins de trente ans sont au chômage.
Les richesses sont confisquées par une petite partie de la population.
L'espoir de voir venir des jours meilleurs a disparu.


Jusqu'à présent, la guerre civile a été évitée.
Le gouvernement a dépénalisé le cannabis pour permettre aux marginaux de se défoncer tranquillement.
Même les drogues dures sont tolérées dans les quartiers pauvres.
Les soupes populaires donnent à manger aux plus nécessiteux, qui de toute façon ne vivent pas bien vieux.


Et puis, des groupes se sont formés.
Dans des squats, des jeunes se regroupent et s'organisent pour survivre.
Ce ne sont ni des indignés, ni des pacifistes, on les appelle les gangs.
Pour en faire partie, les règles étaient simples :
— Pas de drogue
— Pas d'alcool
— Pas de violence entre les membres, même s'ils proviennent de squats différents
— Consommation minimum et entraînement intensif


Les actions violentes sont organisées avec des QR codes disséminés dans la ville. Chaque fois, un seul membre du squat peut décrypter le signe et donne les éléments qui permettent à tout le monde de se rendre, au dernier moment, au point de rendez-vous.
Il n'est pas rare qu'un squat soit absent ou en retard, mais grâce à ce système, la police est incapable d'anticiper les actions des gangs.






Une dernière règle, qui ne souffre aucune exception, est appliquée : tout membre d'un gang surpris à donner des informations à quelqu'un qui ne fait pas partie du squat où il réside sera abattu.


Maintenant, c'est à vous de jouer.
Dans cette révolution dont vous êtes le héros, dites-moi comment vous pensez que les choses vont évoluer pour me permettre d'écrire la suite de cette histoire.

dimanche 15 juillet 2012

ARTICLE : appelons un chat un chat.

À une époque où un message de moins de cent quarante caractères peut faire plusieurs fois le tour de la planète en quelques tweets, il n'est pas surprenant de constater que les communicants cherchent à faire passer un maximum de sens en un minimum de mots.





Si je suis parfois heureux d'entendre des discours qui s'adressent plus à l'émotion qu'à la raison, je me méfie des slogans qui remplacent les idées, et des formules toutes faites qui sous-entendent des vérités pourtant très contestables.

C'est à ces dernières que je dédie cet article. Depuis quelques mois, j'entends parler de gouvernement mondial, d'insécurité culturelle et de licenciements boursiers. Ces expressions m'écorchent les oreilles, mais ce n'est rien à côté de ma réaction quand j'entends dire qu'il faut rassurer les marchés ou appliquer une quelconque règle d'or.



Parce que derrière ces expressions fleuries et maniées par des experts qui ne les remettent jamais en cause, il est un sens à peine caché qui s'impose au public sans qu'on lui laisse la possibilité d’y réfléchir.

Le gouvernement mondial est un concept destiné à mettre au pouvoir une seule civilisation, si possible occidentale, pour imposer ses lois et sa philosophie au reste du monde. Plus pervers : en dénoncer l'existence, revient à en admettre la possibilité.

L'insécurité culturelle sous-entend que l'on peut subir une agression culturelle. Autrement dit, si mon voisin refuse d'adopter mes coutumes, je suis en droit de me sentir menacé.

Bref, je ne vais pas m'attarder sur chaque terme, un seul blog serait nécessaire pour répertorier et dénoncer les dérives langagières de nos élites.


Mais ce qui me semble dangereux dans ce procédé, c'est qu'il permet de faire avancer des idées sans les exprimer clairement, sans les nommer et donc sans susciter de désaccord.
Nous réfléchissons avec notre petite voix intérieure, et cette petite voix utilise les mots et les termes qu'elle entend autour d'elle. Polluer notre vocabulaire comme le font les médias revient à polluer notre intelligence, nos idées et nos prises de position.
Tant qu'il y aura des guerres, militaires ou économiques, c'est bien d'impérialisme qu'il faudra parler pour évoquer la suprématie de l'occident (pourtant déclinant) sur le reste du monde, et sûrement pas d'un quelconque gouvernement mondial.
Cet exemple est d'ailleurs frappant : si je tape les deux expressions sur Google, j'obtiens 3.200.000 résultats pour l'insulte à l'intelligence qu'est le terme "gouvernement mondial" et 732.000 résultats pour "impérialisme". Inutile de vous préciser qu'en France, cette bataille intellectuelle est bien mal engagée.

Il nous faut donc réagir, et partout où nous entendons des discours insidieux, nous devons reprendre les véritables mots pour qualifier les actions de ceux qui cherchent à imposer leur logique réductrice.


N'hésitons pas à utiliser les mots "peur", "intolérance" et "racisme" pour qualifier ce que certains appellent l'insécurité culturelle. Un licenciement boursier n'est qu'un licenciement économique destiné à faire gagner plus d'argent aux actionnaires. On ne rassure pas les marchés, on leur obéit au point qu'on cherche à anticiper leurs désirs, et la règle d'or n'est qu'une loi permettant d'imposer l'austérité.


Et puisque nous ne disposons pas de l'attention des médias pour nous faire entendre, il nous faudra utiliser des bombes de peinture et des appareils photo pour nous exprimer. Ensuite, nous pourrons toujours aller vérifier sur Google si notre façon de parler/penser peut résister à celle que l'on tente de nous imposer.

Et encore une fois, le pire serait de rester inactifs, résignés.




mercredi 11 juillet 2012

ARTICLE : Et Dieu dans tout ça ?

Ni dieu, ni maître !
C’est un beau dicton, mais il ne faut pas tout mélanger. Les révolutionnaires ne veulent pas de patron, tous ne sont pas anarchistes pour autant. Ils ne veulent pas se voir imposer de règles dogmatiques par des églises ou des membres du clergé, cela n'en fait pas non plus des êtres dénués de spiritualité.








Les fous, les brigands et les barbares avaient en leurs temps leurs représentants divins. Mais depuis que le clergé s'est trouvé pour mission de nous maintenir sur le droit chemin, la mode est aux dieux autoritaires, froids et calculateurs.


En effet, si certains dévots jugent parfois bon de rappeler que « les voies du Seigneur sont impénétrables » à tous ceux qui s'estiment frappés par un malheur injuste, ces mêmes dévots laissent souvent entendre que nous pouvons nous attirer les bonnes grâces du Très-Haut en nous conduisant de manière convenable (ne pas faire de vagues) et en respectant l'ordre établi (ne rien casser).
Alors, pour faire très simple, et parce que je ne veux pas disserter sur le sujet pendant des heures, je ne vois que trois hypothèses pour aborder ce paradoxe.
Dieu existe et il est compréhensible. Dans ce cas, il suffit d'obéir à ses ordres pour se voir récompenser. Cette hypothèse n'est pas vérifiée actuellement.
Dieu n'existe pas. Ce qui signifierait que le prêtre n'est rien d'autre qu'un professeur de morale. On est en droit de l'écouter, mais pas de prendre ses leçons pour des paroles divines.
Dieu existe, et on n'y comprend rien. Alors, même s'il nous regarde il se fout comme de sa première chemise de notre attachement aux lois (humaines et divines) et de nos rapports avec les institutions (administratives ou ecclésiastiques).






Alors, que choisir ?


Personnellement, je ne crois pas à la justice divine. Je pense pouvoir affirmer que je peux faire ce que je veux, Dieu s'en fout. Pour moi, tenir compte de son jugement dans mon comportement de tous les jours reviendrait à me transformer en un esclave qui ne connaîtrait même pas son maître.
La plus belle victoire du Diable, c'est d'avoir réussi à faire croire qu'il était le maitre de tous ceux qui n'en avaient pas.
Et pourtant je suis curieux. Que ce soit par la réflexion ou la méditation, par les drogues que je consomme ou par le mode de vie que je choisis, la recherche du divin n'est jamais absente. Maintenant, cela ne m'empêche pas pour autant de dire haut et fort qu'il faut tout brûler et que l'ordre établi doit être démantelé et foulé du pied pour permettre de rebâtir quelque chose de meilleur, de plus juste et de plus propre.






De toute façon, Dieu ne nous écoute pas


Du haut de son paradis, de son Olympe ou de son arbre, il attend que nous le percevions enfin, ou alors il s'en fout. Mais s'il y a une chose dont nous pouvons être sûrs, c'est que s'il existe, il ne traine que rarement dans les églises et n'a jamais récompensé les vertueux de leur vivant, pourquoi alors devrait-il le faire après leur mort ?
Les Dieux ont besoin des hommes, parce que ce sont les hommes qui font l'histoire.
Auprès de ceux qui ne croient pas, je m'excuse d'avoir disserté sur un sujet purement philosophique, et à ceux qui croient, j'aimerais seulement dire que lorsqu'un homme à besoin de Dieu pour justifier une loi, cette loi mérite d'être bafouée, juste pour voir comment réagirait le Tout-Puissant s'il tenait vraiment à ce qu'on l'écoute.



jeudi 5 juillet 2012

FICTION : La résistance économique, ou comment profiter du système ?


Ce matin, Jean-Yves Ménard s'était réveillé de mauvaise humeur. Il se sentait prisonnier d'un casino, quand on peut gagner ou perdre, mais qu'à la fin on est sûr que d'une chose, le casino, lui, ne peut que gagner.
Plus grave, si le casino gagnait toujours, pour chaque joueur triomphant, il fallait deux perdants. Au final, en tant qu'individu, on ne pouvait que perdre.

Ce matin, il voulait, une fois dans sa vie, voir perdre le casino, mais comment ?
Braquer une banque ? Il se ferait attraper.
Voler le sac d'une petite vieille ? Ça n’aurait embêté personne, à part sa pauvre victime.
Faire sauter un monument ? un lieu public ? C'était tentant, mais il ne savait pas comment s'y prendre.



Seul, il se sentait faible. Même une action violente et réussie n'aurait servi qu'à effrayer les citoyens et à faire mettre plus de policiers dans les rues. Jean-Yves ne se sentait pas non plus capable de rallier d'autres gens à sa cause. Au casino, tout le monde joue pour gagner...
Mais même au casino, il y a des joueurs professionnels.

À la roulette, pour être sûr de gagner, il suffit de tout le temps jouer 'pair' et de doubles sa mise à chaque échec. On commence avec 10 euros, si on perd, on mise 20, puis 40, puis 80 euros et ainsi de suite jusqu'à ce que l'on gagne. À la fin, on repart toujours avec 10 euros de plus que ce que l'on avait avant d'avoir commencé à jouer. Bien entendu, aucun casino ne laisse quelqu’un jouer comme ça et on se fait très vite sortir si on essaie, mais Jean-Yves était convaincu que dans le système actuel, pour peu que l’on ne soit pas trop gourmand, on pouvait trouver une astuce similaire.

Il réfléchit d’abord à toutes les astuces utilisées par les plus haut placés pour mettre leurs rejetons à l’abri du besoin. Chaque fois, il se heurtait à un obstacle de taille, le nombre de places était limité, ce qui permettait au système de filtrer les entrées et de ne distribuer ses largesses qu’à quelques privilégiés.

C’est en regardant la télévision que Jean-Yves eut une idée, et sur le moment, il la trouva tellement géniale qu’il éteignit son poste et se mit au travail.



Un an plus tard, la société qu’il avait créée donnait sa première représentation. En ce début de printemps, une quarantaine de personnes s’étaient réunies pour vingt-deux jours de camping sauvage dans un petit bois. La moitié des convives travaillait tandis que l’autre moitié avaient payé leur place pour assister au spectacle.
Certes, la place coûtait cher, puisque l’argent ainsi collecté devait suffire à Jean-Yves pour payer les salaires des intermittents pour un contrat à durée déterminée de vingt-deux jours — plus les taxes — mais cela permettait ensuite à chaque acteur de toucher des indemnités de chômage jusqu’à la prochaine représentation. Entre temps, ils pourraient assister à la représentation de l’autre moitié de la troupe. S’ils renonçaient à faire le déplacement, cela n’aurait pas été grave, ils avaient payé leur place en avance.
La plupart décidèrent quand même de venir, tellement l'ambiance était bonne. Même si on ne leur demandait rien, beaucoup d'acteurs donnaient des spectacles ou organisaient des débats d'idées sur des sujets économiques, philosophiques ou sociaux.



Maintenant, vous pouvez participer.

Les commentaires sont libres, alors ceux qui veulent publier les fruits de leurs réflexions sur ce scénario sont les bienvenus.
J'aimerais aussi savoir quelle suite vous imaginez à cette histoire.
Si cette combine fonctionne, va-t-elle se généraliser ?
Combien de temps mettront les législateurs pour réagir ?
Quels changements seront apportés à la loi ?

C’est à vous de jouer.