Le président ne s'y était pas trompé, nous aspirons au changement. Face à la déception actuelle, il a de bonnes raisons de s'inquiéter, mais aussi de se réjouir. Il peut s'inquiéter parce que la politique n'est pas le seul moyen de faire changer les choses. Et puisqu'il n'a plus aucune marge de manœuvre, s'il veut vraiment du changement, il devrait se réjouir à l'idée que cela viendra d'ailleurs que des institutions.
Le changement institutionnel — que je qualifie d'horizontal parce qu'il concerne les groupes avant les individus, et que je vois arriver de la droite vers la gauche, non pas pour des raisons politiques, mais parce que sur une frise temporelle, ce sont des institutions qui doivent mettre en place aujourd’hui le système qu’elles ont proposé hier et pour lequel elles ont été portées au pouvoir — semble actuellement hors de portée. D'ailleurs, rien qu'en se posant la question de savoir en quoi le pays, tel qu'il devrait être après l'action du gouvernement, serait différent de ce que nous connaissons actuellement, nous voyons que rien n'est envisagé dans ce sens. Les lois et règles, qui devraient être autant de graines dont la société récolterait ensuite les bienfaits, sont plus souvent lancées en l'air que mises en terre. Si l'on nous demande d'attendre, ce n'est pas parce que le travail des politiciens met du temps à porter ses fruits, c'est parce que les politiciens ne cultivent plus que leur jardin personnel. Rassurons-nous cependant, d'autres changements sont possibles. D'abord, il y a ce changement que rien n'arrête, et qui déferle, toujours horizontal, mais de la gauche vers la droite. Pourquoi ? Parce qu'il n'aspire à aucun projet futuriste, mais gagne inexorablement du terrain, sans qu'on sache jamais jusqu’où il montera. Je parle bien sûr du changement technologique. Internet, l'avion et le téléphone portable ont plus changé la vie des Français que n'importe quel gouvernement. Nous ne les avons pas élus, nous en avons besoin parce que ces besoins ont été créés par les industriels qui les ont mis en place. On peut le regretter, mais le progrès a la force de l'Océan. On peut s'y opposer, mais à la fin, il gagne ou se retire de lui-même.
Heureusement, le changement ne vient pas toujours de l'extérieur. Changer le monde, c'est parfois changer la manière dont on le perçoit, changer ses priorités. C'est ce changement que je qualifie de vertical, et qui s’exerce du haut vers le bas, parce qu'il a pour origine la pensée, la philosophie et la spiritualité (qu'elle soit religieuse ou personnelle). Ce n'est pas un changement violent, c'est un souffle qui dissipe les brumes et nous permet d'élargir notre champ des possibles, c'est une force qui nous libère, nous permet de nous élever au-dessus de nos besoins les plus artificiels et de voir le monde de plus haut.
Enfin, il y a cette dernière forme de changement, celle, toujours verticale, qui monte du bas vers le haut, du faible vers le puissant, celle qui consiste à tout brûler pour voir ce qui repoussera ensuite. Tout se cultive mieux sur la cendre, et si la seule façon qu'il nous reste pour lutter contre les injustices, c’est de remettre tous les compteurs à zéro, ce nivellement par le bas aura au moins le mérite de permettre à tout le monde de repartir sur un pied d'égalité.
Alors, la force de l'inertie est difficile à contrer, mais cela ne doit pas nous pousser à nous conduire comme nos politiciens, qui ont refusé le combat et font tout pour que les choses restent telles quelles. Puisque la politique n'est plus qu'une administration, le changement viendra des hommes et des femmes qui se cultiveront, s'informeront et profiteront de chaque avancée technologique pour devenir un peu plus autonomes et un peu plus puissants.Ce sont ces hommes et ces femmes qui finiront par mettre au pas les institutions qui les oppressent. Le changement, c'est maintenant, et c'est aussi chez vous.
En période de crise, la droite disposait d’un atout de taille : la lepénisation des esprits. La recette était simple : il suffisait de choisir une minorité (le plus souvent, les musulmans) puis de monter contre elle le reste de la population avec des histoires invérifiables qui serviraient de catalyseurs. Le temps des Russes qui allaient venir violer les bonnes sœurs ou des kidnappings dans les cabines de chez Tati, destinés à servir à la traite des blanches, était terminé, la dernière histoire en date était celle des musulmans qui empêchaient les enfants de manger leur goûter en période de ramadan. Conscient qu’une telle stratégie pourrait s’avérer redoutable lors des prochaines élections, la gauche activa ses think tanks pour trouver une parade. Très vite, un rapport confidentiel fut envoyé au président ; contre la lepénisation, il prônait la shadokisation des esprits. Le concept tenait en deux phrases et demie : fatiguer les électeurs et leur présenter les causes de leurs maux comme des conséquences (et vice-versa). Ayant tenu ce rapport dans les mains, je vous en livre quelques passages. Sur la forme Le choix des mots prenait de l'importance. Toutes les décisions prises devaient désormais s'exprimer en termes positifs. Par exemple, on n'allait rien pénaliser, mais on allait abroger certaines activités, le libéralisme et sa petite soeur, la libéralisation, seraient uniquement défendus en termes de compétitivité ; et plutôt que de précarité, on ne parlerait que de flexibilité, voire de souplesse. À ce stade, le président n’apprenait rien de nouveau. Il continua sa lecture. Le deuxième conseil, qui s’attachait toujours plus à la forme qu’au fond, se résumait avec un oxymore : « l’exemplarité exceptionnelle ». Ce passage préconisait de favoriser l’émergence d’exceptions, pour ensuite laisser supposer aux Français que leur situation était la norme. La présence d’un jeune à l’Assemblée nationale montrerait à tout le monde que les jeunes avaient leur place dans cette institution. De même, il suffirait de faire en sorte de trouver un noir, un fils d’ouvrier et un Maghrébin dans n'importe quelle organisation gouvernementale pour convaincre les électeurs de la justesse du système. Le conseil était bon, mais depuis que Nadine Morano s’était défendue d’être raciste parce qu’elle avait une amie « plus noire qu’une Arabe » il n’avait rien de novateur. Le président se demanda si les gens qui avaient écrit ce rapport méritaient vraiment la somme qui leur avait été versée, et se rassura en se rappelant que ce travail avait été fait par son neveu ; l’argent restait dans la famille. En continuant sa lecture, le chef de l’État constata avec joie que quelques idées nouvelles surgissaient, et elles s’attaquaient maintenant au fond du problème. D’abord, il fallait promouvoir et faciliter au maximum tout ce qui avait trait à la solidarité et à la précarité. Les Français allaient souffrir, ils seraient reconnaissants à la gauche de les laisser s’entraider et de ne pas les empêcher de survivre. Ainsi, le rapport prônait l’assouplissement des règles de logement et d’urbanisme. Les pauvres devaient pouvoir s’entasser dans des studios qu’ils loueraient à plusieurs ou vivre dans leur camping-car. Accessoirement, on allait légaliser les « logements » en sous-sol, et le terme de sousplex apparut soudainement. En matière d’éducation, il fallait promouvoir les filières techniques, en spécialisant les étudiants au maximum. Une jeune femme disposant d’un bac + 2 'contact clientèle' avec option 'gestion des stocks' n’irait jamais chercher du travail ailleurs que dans une grande surface, et c’était exactement le résultat escompté. Lorsqu’il atteint le passage qui concernait la sécurité, le président souffla un peu et se concentra. Le sujet avait toujours été difficile à gérer par la gauche. Sur le rapport, il était spécifié que « face à cet obstacle insurmontable » la schizophrénie restait la meilleure option. Un ministre de l’intérieur très dur, une ministre de la justice très souple et un président au-dessus de la mêlée formeraient un trio inattaquable et dont tous les Français finiraient par se contenter. Un passage plus technique préconisait de ne surtout pas ouvrir les professions liées à la sécurité aux minorités visibles. La police aurait assez de mal à éviter de se faire traiter de raciste par les administrés, il ne fallait pas que des scandales puissent provenir de l’intérieur.
Fort de ces quelques idées, et de quelques autres dont je n’ai pas eu le temps de vous parler dans cet article, le président appela ses meilleurs communicants. Leur tâche serait d’expliquer aux ministères ce qu’on attendait d’eux, de former l’opinion publique par l’intermédiaire des médias et d’anticiper sur les parades que trouverait l’opposition pour saboter les efforts de la majorité. Comme les Shadocks, ils allaient devoir pomper, et sérieusement. Maintenant, c'est à vous de jouer. Pour ceux que ce texte inspire, n'hésitez pas à me faire part de vos commentaires. Je m'en servirai pour écrire le roman qui suit, et qui est régulièrement mis à jour.
J'avais prévu de garder un rythme de deux articles pour une fiction sur ce blog, mais face à l'actualité du moment, je ne peux pas attendre avant de clarifier ma position sur un phénomène : le racisme.
D'abord, une précision s'impose. Lorsque je parle de racisme en France, je parle des agressions et des injustices que subit une partie de la population en raison de leur couleur de peau, en situation de paix. En situation de guerre, voire de conflit, je ne peux parler de racisme que quand la population dominante se sert d'une telle doctrine pour asseoir son autorité. Il semblerait ridicule de dire que les Indiens étaient racistes envers les colons américains ou que les Aborigènes étaient racistes envers les exilés anglais. Maintenant, j'affirme que la France est un pays raciste parce qu'un individu qui n'est pas de type caucasien ou nordique, et qui porte un nom d'origine extra européenne y connaît plus de difficultés qu'un autre pour trouver un logement, trouver un travail, entrer en boîte de nuit, passer devant des policiers sans se faire contrôler, etc.
Ce racisme est à la fois personnel, parce qu'il y a des bailleurs racistes, des employeurs racistes, des videurs racistes, des policiers racistes... et institutionnel, parce que les autorités ne font pas tout ce qu'elles peuvent pour endiguer ces phénomènes. L'une des conséquences qu’a entraînées cette situation, c’est qu'une partie de la population se considère comme en conflit, voire en guerre, contre l'État et tout ce qui le représente. Maintenant, pour peu que l'on accepte l'idée que le racisme n'est possible, sur un même territoire, qu'à condition d'être exercé par un dominant sur un dominé (sans quoi il s'appelle "résistance") qu'en est-il du fameux "racisme anti-français ? Soit il est exercé contre tout ce qui représente l'État, et dans ce cas, il s'apparente à mon sens à de la résistance. Soit il est exercé contre des citoyens "égaux" (pour être clair : contre les Français qui vivent dans les banlieues) et il révèle alors une vérité plus grave : en plus d'avoir perdu son autorité sur une partie de son territoire, l'État français y voit s'instaurer d'autres droits, d'autres règles, d'autres lois... On comprend alors pourquoi Copé a attendu que la droite, celle qui devait tout nettoyer au Kärcher, ait quitté le pouvoir, pour raconter son histoire de pains au chocolat. Maintenant, j'aimerais que ceux qui parlent de racisme anti-français en cherchent la cause et en admettent les conséquences. La cause (ou plutôt l'une d'elles, parce qu'il y en a probablement plusieurs), c'est un racisme "classique" qui a été toléré et institutionnalisé pendant des décennies, et qui a débouché sur un état d'insurrection, lui-même savamment entretenu afin de maintenir au pouvoir une droite incapable de régler ces problèmes sur le plan économique ou social. Les conséquences, c'est que puisque rien n'est fait pour mettre fin à la ségrégation qui règne en France, et que certains continuent de tout faire pour attiser la haine entre les communautés, il va nous falloir choisir un camp. À nous de faire en sorte que ce ne soit pas notre couleur de peau qui décide à notre place. Et même si mon post "fiction" a sauté à cause de l'actualité, ça ne m'empêche pas de continuer à travailler sur mon roman.
On nous l'a promis, certains y ont cru, mais il ne vient pas. Pire, on dirait qu'il se cache. Alors, le changement, c'est pour quand ?
Parce qu'il faut être clairs : procéder à des ajustements, aussi justes et désirés soient-ils, ce n'est pas du changement, c'est de la gestion. Il y a au moins deux façons de mettre en place le changement. La première, c'est de prendre des mesures qui s'inscrivent dans une politique précise dont le but, réaliste, est clairement annoncé. Par exemple, construire plus d'éoliennes, c'est de la gestion ; construire plus d'éoliennes pour sortir du nucléaire avant trois ans, c'est du changement.
Mais que serait une politique de changement sans audace et sans ambitions ? Pour aboutir au changement, on peut aussi prendre des mesures novatrices, qui ne se contentent pas de faire bouger les lignes (je déteste cette expression, et je vous expliquerai pourquoi dans un post à venir), mais qui changent les règles du jeu. Souvent, il suffit d'ailleurs de regarder ce qui se passe chez nos voisins pour trouver l'inspiration. Quelques exemples : — Le plafonnement des loyers, pour éviter la paupérisation des populations qui ne sont pas propriétaires de leurs logements : fait. — La remise d'un récépissé lors des contrôles policiers pour lutter contre le racisme et les contrôles au faciès : abandonné. — La création d'un délit de parjure pour mettre fin à la culture du déni qui règne lors du traitement des affaires politico-financières : même pas évoqué.
Parce que faire beaucoup d'efforts afin que rien ne change, c'est de la lâcheté politique ; et face au monde de la finance, qui lui, n'hésite pas à brouiller les pistes et à imposer ses règles, c'est une position que nous ne pouvons plus tenir, à moins d'abandonner le combat.
Il est des situations dans lesquelles il faut bien concéder quelques sacrifices. On économise pour se payer un voyage, on travaille un peu plus pour obtenir une promotion, on reste chez soi pour potasser un examen ; tout cela est humain. Mais lorsque nous concédons à faire des efforts, il ne faut pas oublier les effets secondaires qu'entraîne notre labeur : nous cautionnons le système.
Travailler plus pour gagner plus, c'est aussi admettre que ceux qui se limitent aux trente cinq heures devront se contenter du minimum. Si cela peut parfois se défendre pour ceux qui disposent du statut de cadre et dont le minimum permettrait déjà de vivre confortablement, que penser d'une telle doctrine à l'usine ou au supermarché ?
Et que dire de cette vidéo sur laquelle Hamid, qui a fait l'effort de s'intégrer, continue de subir le racisme de ceux qu'il supporte pourtant ? De même, les peuples européens auxquels on demande en ce moment de faire des efforts doivent-ils cautionner le système capitaliste instauré par le monde de la finance et qui spécule sur une dette qui ne cessera jamais d'augmenter ? Si des efforts sont à faire, ils doivent être consentis par ceux qui adhèrent au système. Pour les autres, ceux qui le rejettent, le seul effort à fournir est un effort d'imagination. Ainsi, pour s'attaquer à la crise, c'est un modèle basé sur autre chose que la surconsommation qu'il nous faut imaginer. Un modèle qui mettrait en avant la gratuité et le prix minimum pour les biens échangés. J'imagine qu'il y en a que cette idée fait sourire. Pourtant, à Athènes, on commence à voir s'ouvrir des "restaurants associatifs", des cantines qui sont officiellement des lieux où une bande de copains se réunissent pour déjeuner et où l'on y mange pour presque rien. Certains y amènent des produits frais, d'autres payent le prix d'un sandwich pour y recevoir un vrai repas. Ce n'est pas un achat, mais une participation, comme on amènerait une bouteille si l'on était invité chez un ami. Il n'y a donc pas de taxes à payer. Sur un autre sujet, on commence à voir se répandre en France les conférences gesticulées, qui pourraient enfin permettre de transmettre le savoir et l'expérience politique et sociale entre les individus. Que dire aussi au sujet de l'intégration ? Si ce n'est que ce n'est pas en renonçant à leur culture que des individus s'intègrent. S'il y a des efforts à faire, ils doivent d'abord porter sur le traitement égalitaire de tous les citoyens qui composent notre société. Demander à un individu, qui se fait contrôler quatre fois par jour en raison de sa couleur de peau, de faire des efforts pour s'intégrer, c'est prendre le problème à l'envers. Proposer à cet individu de vivre dans une société où il est traité en égal et où l'autorité serait digne de confiance, c'est entamer, enfin, une démarche positive et constructive. De même, puisque nous nous sommes livrés pieds et poings liés au monde de la finance, peut-être est-il temps d'envisager une parade. Une monnaie parallèle, réservée à l'économie non polluante et non spéculative, serait une piste à explorer... mais je suis sûr qu'il y en a d'autres. Alors quand j'entends que les temps sont difficiles et qu'il va falloir faire des efforts, j'ai justement envie de répondre que c'est parce que les temps sont difficiles qu'il ne faut justement pas faire d'efforts. Demander aux individus de faire des efforts pour sauver le système, c'est de la régression. Le progrès, c'est de demander au système de faire des efforts pour satisfaire les individus.