samedi 24 novembre 2012

FICTION : onbalance.fr

En se demandant ce qu'il pourrait faire pour jeter sa pierre contre l'édifice dans le cadre d'une révolution mondiale, mais surtout européenne, Bernard eut un beau matin la réflexion suivante.
Puisque toute résistance était immanquablement récupérée par le système qui, tel le roi Midas, transformait tout ce qu'il touchait en or, il fallait trouver un autre moyen de fédérer les peuples. En se penchant sur l'histoire des révolutions, il constata que la plupart étaient le fruit d'un décalage trop grand entre une petite quantité de personnes très favorisées et une masse immense de laissés pour compte.



Convaincu que de telles conditions étaient déjà réunies, et qu'elles ne feraient qu'augmenter, il créa un site destiné à dénoncer le fossé qui séparait les riches des pauvres. Sur ce site, les secrétaires de ministres, les chauffeurs d'hommes d'affaires et les coiffeurs d'héritières, pour ne citer que ceux-là, pouvaient dénoncer leurs patrons, leur train de vie fastueux et leurs mesquineries quotidiennes.



Le premier contributeur fut un secrétaire d'ambassade dont le témoignage permit de savoir que l'ambassadeur en poste ne travaillait pas plus de dix heures par semaine, que puisqu'elle ne devait pas déclarer sa prime de résidence, la comptable touchait la prime à l'emploi alors qu'elle gagnait plus de trois mille euros par mois, et que l'attaché de défense, payé douze-mille euros par mois, était parti avec les ramettes de papier de son secrétariat et avait subtilisé les piles des télécommandes des matériels en dotation dans son bureau.

Le deuxième contributeur était un policier. Après avoir posté son premier billet, Bernard avait hâte de le lire.



Maintenant, c'est à vous de jouer. Pour ceux que ce texte inspire, n'hésitez pas à me faire part de vos commentaires. Je m'en servirai pour écrire le roman qui suit, et qui est régulièrement mis à jour.


samedi 17 novembre 2012

ARTICLE : Moins nous sommes nombreux, plus il nous faut agir.

Tenter de résister à la manipulation, c'est comme tenter de résister à une épidémie. Soit on s'isole complètement, soit on se résigne à ce que nos efforts se révèlent vains si notre entourage n'est pas protégé. Ainsi, lorsque je prétends que la crise n'est pas un événement économique en soi, mais un élément de langage adressé à la population et aux autres agents économiques pour accroître l'emprise du monde de la finance sur celui des humains, cette analyse n'a d'intérêt que si elle est partagée un groupe d'individus assez fort pour agir.


Photographie de Threadweavle

Si des millions de gens étaient actuellement convaincus de la malhonnêteté de nos politiciens et de la duplicité du système, nous pourrions espérer une transition politique telle qu'elle fut parfois possible, comme au Vénézuéla ou en Islande (même si ces systèmes restent perfectibles). Nous restons hélas loin de cet horizon.

À force d'entendre nos experts et nos politiciens dire qu'il n'y avait pas d'alternative au modèle économique en place, beaucoup de gens ont fini par se résigner. En Grèce, où je vis actuellement, la population opte pour le statu quo, les gens espèrent conserver leurs privilèges le plus longtemps possible alors que leur niveau de vie régresse et que leur dépendance au système s'intensifie.

Fort heureusement, le nombre ne fait pas tout.


Un seul homme peut faire changer les choses, et si nous ne sommes pas nombreux, nous disposons d'atouts dont nos ennemis sont dépourvus. Le premier, c'est l'imagination ; le pouvoir en place, aussi puissant soit-il, craindra toujours les initiatives des individus. Qu'un seul homme parvienne à vivre d'une manière totalement autonome, en harmonie avec la nature, qu'un réseau s'organise pour dénoncer les abus des économistes et les mensonges des journalistes (quand ce n'est pas l'inverse), qu'un groupe se forme pour proposer un mode de consommation alternatif et respectueux de l'humain et de ce qui l'entoure, et c'est la panique. Le système se retrouve obligé de réagir, et il le fait le plus souvent en décrédibilisant l'impact de ces initiatives ou en ridiculisant ceux et celles qui les mettent en oeuvre, concédant ainsi à leurs détracteurs une visibilité qui touche de plus en plus de monde. C'est pour cette raison que chaque idée qui peut perturber le système, chaque projet qui nous rend un peu moins dépendants, doit être tenté. Même marginaux, ils permettront peut-être un jour à ceux qui avaient abandonné le combat de se réveiller alors qu'en choisissant le statu quo, ils s'étaient retrouvés, sans même s'en rendre compte, exploités et miséreux.


Et parce que la révolution doit avancer :

dimanche 11 novembre 2012

ARTICLE : Le militantisme peut-il être raisonnable ?

Tout le monde n'est pas imperméable à la raison, mais il est des situations dans lesquelles la raison n'a ni le temps, ni la force de s'imposer. Alors, le militant devient guerrier.



Après, on peut se poser la question du : "qui a le droit de militer ?"

Bien entendu, nos politiciens, quand ils ne se contentent pas de faire bouger les lignes, font bouger les choses. En France, la peine de mort a été abolie, le mariage homosexuel est sur le point de voir le jour, le plafonnement des loyers n'est plus une fable racontée aux petits propriétaires pour qu'ils boivent leur soupe avant d'aller se coucher... rien n'est immuable. Et si la politique sert à déterminer les lois de la cité, nous sommes en droit d'espérer que nos représentants prennent en compte nos désirs et nos aspirations.
Mais combien d'années sont perdues avant qu'un gouvernement ne prenne le risque de changer quelque chose au risque d'accroître son impopularité ? Si les directives prises par nos politiciens viennent du peuple, combien de temps se passe-t-il avant que l'aspiration de l'homme de la rue ne remonte jusqu'au sommet de la pyramide ?
Sans compter que cette fameuse pyramide n'est pas sans effet sur l'opinion elle-même. À Science-Po en 2004, je me souviens qu'en droit de la famille, on présentait le mariage des couples gays ou lesbiens comme une abomination, et je ne parle que du mariage civil... Comment dans ce cas peut-on espérer que nos dirigeants (issus des grandes écoles) fassent bouger les choses rapidement ?
Les artistes et les philosophes peuvent les aider à prendre conscience de certains problèmes, de certaines injustices, mais que devient alors le rôle du citoyen dans ce processus ? Doit-il se contenter d'attendre qu'un film comme "Indigènes" sorte en salle pour qu'un président cinéphile s'attarde sur la question ?

Le citoyen aussi a le droit d'exposer ses idées, mais le problème, c'est qu'il ne les expose qu'à ceux qui sont du même avis que lui. Dans la vraie vie comme sur les blogs, l'espace d'expression est soit trop limité, soit trop vaste, pour qu'on y confronte des raisonnements différents. Soit les idées n'ont pas la place d'être expliquées, soit elles sont isolées des idées adverses (je parle d'idées, et pas des commentaires de la fachosphère tels que j'ai pu les découvrir suite à l'un de mes articles.)
La prise de parole, limitée à quelques lignes ou à quelques caractères, voire à une photo provocatrice, sur le net, ne sert qu'à cloisonner les groupes de pensée, et donc à les radicaliser en même temps qu'elle les appauvrit. Là encore, il est impossible de convaincre qui que ce soit.

Dans un système aussi sclérosé, il n'est pas surprenant que le citoyen soucieux de convaincre, mais dont les raisonnements construits et les développements détaillés tomberont dans les méandres du net ou seront reléguées au niveau des commentaires de comptoir, parce qu'ils ne proviennent pas d'un expert, soit contraint à l'action d'éclat pour faire entendre sa voix.


Alors, non seulement le militantisme ne peut être raisonnable, mais il se doit d'être déraisonnable, ou bien il est aphone. Puisque le système lisse tout ce qui n'a pas pris des années pour remonter jusqu'à son sommet avant d'être offert aux populations avides de progrès, il faut aller trop loin pour avoir des chances de faire en sorte que les choses avancent.
Je pense à des projets comme Wikileaks, qui a permis à tous ceux qui disposaient de secrets d'État de les exposer au grand jour.
Je pense à la liste Lagarde qui a fini par être publiée, même si elle bafouait ouvertement la présomption d'innocence.
Et pour ceux qui s'inquiètent du sort des victimes de ces "abus", soit ils sont eux-mêmes des exploitants, et je comprends qu'ils résistent, soit ils sont exploités, et dans ce cas, ils se retrouvent dans la position d'un homme qui ne sait pas nager, en train de se noyer au milieu de l'océan, et qui s'inquiéterait pour un autre homme, dans sa baignoire, et qui sait nager.


Et parce que la révolution doit avancer :

samedi 3 novembre 2012

BREVE

La dangerosité des personnes démentes est inférieure à celle des personnes saines d'esprit !


N'est-ce pas le signe flagrant que c'est notre société qui est malade ?

ARTICLE : le bizutage comme une violence programmée

Il y a deux types de bizutage : avec ou sans humiliation. Et si les législateurs n'ont pas jugé bon d'interdire le bizutage sans humiliation, c'est parce que de nombreuses institutions ont recours à ce procédé pour former leurs élites.



Il y a quelques jours, un homme est mort lors d'une soirée d'intégration qui se tenait dans le cadre du cursus de transmission des traditions de la prestigieuse école de Saint-Cyr Coëtquidan. Bien sûr, des hommes seront inquiétés parce qu'ils n'ont pas fait en sorte d'organiser cet événement avec toutes les précautions nécessaires pour ne pas mettre en danger la vie de ceux qui se sont prêtés à ce jeu, mais on peut aussi s'interroger sur les raisons qui poussent à faire nager des jeunes gens dans un étang, en Bretagne, fin octobre, de nuit, et en quoi cela aide à transmettre les traditions.
Rappelons que cette soirée était consacrée à la Seconde Guerre mondiale et qu'elle avait été validée par l'autorité militaire.




Dans toute structure hiérarchisée égalitaire, un chef n'a que deux moyens de revendiquer son autorité sur ses hommes : son expérience et ses compétences.
Or, même avec un entraînement pointu, des officiers qui arriveront en régiment après quatre semestres de formation, voire deux, pour ceux qui ont été recrutés sur titre, auront du mal à être plus compétents que leurs subordonnés et ne seront pas aussi aguerris que le dernier de leur soldat qui, s'il n'est pas une jeune recrue, aura déjà passé une bonne partie de sa jeunesse en Afghanistan. Malgré leur inexpérience, il leur faudra commander des hommes, et au lieu de leur laisser le temps de devenir bons dans leur métier (et de prendre le risque d'admettre que certains sont mauvais) l'autorité préfère recourir à des rites de passage pour permettre à ses élites de se sentir au-dessus des hommes qu'ils commandent.

Lorsqu'ils se retrouveront face à des hommes plus aguerris, plus affûtés, et pour certains, plus intelligents qu'eux, les jeunes lieutenants se souviendront de ces moments difficiles qu'ils auront traversés et qui leur donneront enfin le droit d'imposer leur autorité sur ceux qui n'auront pas suivi le même cursus.
On pourrait penser que cela n'est pas si grave, qu'ils finiront par s'aguerrir et qu'au final, chaque membre de cette prestigieuse institution arrivera à a place qui lui sera due en fonction de ses capacités et de ses compétences... et on aurait tort. La réduction des effectifs dans les armées (dont par ailleurs, je me réjouis) bloque l'avancement des saint-cyriens, ces derniers ne laisseront pas facilement des hommes qui n'ont pas été formés dans leur prestigieuse école accéder à des postes de responsabilité. 

Alors, on fait quoi ?

Je ne veux pas tomber dans l'antimilitarisme primaire. J'ai moi-même été militaire pendant des années et si certains m'accusent de "cracher dans la soupe", je le fais sans regret parce que j'estime justement être bien placé pour parler des problèmes qui minent cette institution.



J'ai longtemps cru qu'on pouvait réformer un système, de la base et de l'intérieur, et je me suis trompé. J'ai aussi pensé qu'en exprimant sa différence (peu de militaires sont de gauche) on pouvait faire avancer les choses, je me suis trompé aussi.
La vérité, c'est que le système utilise ceux qui ne rentrent pas dans le moule et se sert d'eux pour faire croire à tous les autres qu'il y a un espace de liberté, une marge de manoeuvre... et le système ment. Le peu de flexibilité dont il dispose profitera peut-être à quelques individus, mais ne permettra jamais à ce système d'évoluer. Tout juste se contentera-t-il d'exposer ces individus en criant : "Vous voyez ! On peut être différent et avoir une grande et belle carrière." Rien ne changera jamais.
Alors, si je dois dans ce post m'adresser aux militaires, je demanderais à ceux qui exercent une autorité de se poser la question de savoir ce qui leur en donne le droit. S'ils ne trouvent rien d'autre que leur costume, leur galon ou les conneries qu'ils ont dû faire pour les gagner, alors ils ont du pain sur la planche.
Quant à ceux qui n'adhèrent pas totalement à l'autorité, mais qui y trouvent leur compte (comme je l'ai trouvé moi-même il y a maintenant une vingtaine d'années) je tiens à leur préciser que les temps ont changé. Les élites sont en guerre contre une bonne partie de la population, et le jour où cette guerre sera devenue officielle, ceux qui portent l'uniforme se trouveront du mauvais côté des barricades. Partez pendant qu'il en est temps !

Et comme d'habitude, la mise à jour de mon roman. N'hésitez pas à me faire part de vos reflexions sur les sujets qu'il aborde, je m'en servirai dans la suite de l'histoire.