samedi 26 janvier 2013

ARTICLE : Le guerrier fantôme vous salue bien

La guerre au Mali se poursuit, et le verrouillage de l'information par les militaires français aboutit naturellement à ce que le public et les journalistes focalisent leur attention sur le peu auquel ils ont accès. Le phénomène du "fantôme" dont les photographies ont déferlé sur le web la semaine dernière illustre bien ce paradigme.



Cette photo a fait plusieurs fois le tour du web, et maintenant que nous avons pris un peu de recul il est bon de voir quels effets elle a entrainés, et ce qu'elle nous apprend.


Quand je consulte les sites d’informations, j'ai l'habitude de lire les commentaires postés sur le net pour chercher à comprendre comment réagissent les lecteurs. J'ai ainsi eu la joie de constater que même sur les médias de gauche et traditionnellement antimilitaristes, ce brave soldat n'a pas eu à subir la vindicte populaire (ne voyez aucune ironie de ma part dans cette dernière phrase, j'emploie le terme "brave" dans le sens le plus noble du terme).

Au contraire, beaucoup se sont demandé de quel droit un gouvernement et des chefs de guerre pouvaient envoyer des hommes sur le front pour leur interdire ensuite de gérer comme ils le peuvent, et avec le peu de moyens dont ils disposent, les pulsions de mort qui les assaillent. Que ce soit dans le Figaro ou sur Libé, les Français ont compris que le métier de soldat était un métier difficile et que le vrai mauvais goût aurait été de sanctionner ce légionnaire. Le commandement, quant à lui, a évoqué de possibles sanctions (on se demande toujours pour quel motif) avant de déclarer que l'identification était en cours. Cela étant dit, entre le numéro du véhicule et le groupe sanguin extrêmement rare de l'intéressé, j'imagine qu'il a été identifié depuis belle lurette.

Au final, cet incident n'aura été récupéré que par quelques fachos désireux de rappeler que la virilité était une valeur de droite.


Je signale gentiment (parce que je suis de gauche) à tous ces émasculés que c'est en respectant les droits de l'homme que l'ont fait triompher ses idéaux et que s'il fallait compter sur un foulard pour remporter la victoire, nous aurions du souci à nous faire pour nos soldats (ce qui ne nous empêche pas de nous en faire, d'ailleurs, avec ou sans foulard). Je leur rappelle aussi qu'ils ne sont pas les derniers à fustiger la violence quand ils parlent de celle qui était exercée au nom de Mao ou de Staline, et que cette violence n'est jamais liée, dans un sens ou dans l'autre, à la noblesse des idéaux défendus.

En ce qui concerne la hiérarchie, je serais plus sévère. En parlant de sanctions possibles et d'identification en cours, les généraux ont abandonné l'un des soldats qu'ils ont envoyés sur le front. J'espère que cela servira de leçon à ceux qui sont en train de se demander s'ils doivent renouveler leur contrat ainsi qu'aux jeunes qui pensent à s'engager. Il faut qu'ils sachent qu'à moins d'être Saint-Cyrien, un jour ou l'autre, à un niveau ou à un autre de la chaîne de commandement, la hiérarchie finira toujours par les abandonner. Ce n'est pas si grave en temps de paix (on abandonne bien les employés de Gandrange) mais cela peut s'avérer plus problématique en temps de guerre.

À cette même hiérarchie, dont j'espère que certains représentants me lisent régulièrement ;) je rappelle aussi que lorsque l'on prétend lutter pour la survie d'un État de droit, il est des règles auxquelles on ne peut déroger. L'une d'entre elles étant : "tout ce qui n'est pas interdit est autorisé". Et puisque l'armée n'est pas foutue de fournir aux fantassins qu'elle envoie se faire tuer le matériel adéquat pour accomplir leur mission, le moins qu'elle puisse faire est de les laisser choisir la couleur quand ils doivent se payer ce matériel sur leurs propres deniers.

Par ce post, je tiens à afficher ma solidarité avec tous les soldats qui se battent pour une cause qui leur est présentée comme juste, mais je tiens aussi à leur rappeler que le pays qu'ils représentent n'est pas aussi exemplaire que ce que l'on voudrait leur faire croire (racisme, corruption, népotisme...) et que si rien ne change, le jour où la population sera en guerre contre les institutions qui l'oppriment, il sera toujours temps pour eux de changer de camp.

Et en attendant, je vous propose un peu de lecture



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