dimanche 17 février 2013

ARTICLE : Qu'est-ce qu'une idéologie dominante ?


Je me suis posé cette question ce matin, et comme tous les hommes de mon âge, lorsque je me pose une question, je vais d'abord sur Google. La petite différence, c'est que je n'y vais pas pour trouver des réponses, mais pour trouver à quels termes est associée cette question.


Entre Pierre Bourdieu, Joseph Staline et Karl Marx, j'ai ainsi pu constater aujourd'hui que l'idéologie dominante était un concept associé à une politique dont on ne cessait de nous dire qu'il s'agissait d'une politique du passé.
Et c'est peut-être vrai. Même l'administration du bloc de l'Est a fini par s'effondrer sur elle même. La création de paperasse, qui avait fait office de création de richesses pendant des années, n'a pas réussi à maintenir le système en mouvement, en vie.
Mais ce n'est pas parce qu'une politique a échoué que tous les concepts qu'elle véhiculait, et sur lesquels elle s'appuyait, doivent être jetés comme on jetterait le bébé avec l'eau du bain. Après tout, l'héritage a survécu à la royauté et l'armée n'a pas été supprimée après la chute de l'Empire romain. Alors, pourquoi ne peut-on pas parler d'idéologie dominante sans s'appuyer sur des concepts marxistes ?

Parce que le capitalisme refuse de nous laisser penser ce concept négatif autrement qu'en l'associant au modèle de société qui lui fait le plus peur. L'intérêt est double, puisqu'en plus de nous empêcher de résoudre nos problèmes, qui sont souvent le gagne-pain de nos exploiteurs, cette limitation du langage permet au système de dénigrer les systèmes alternatifs vers lesquels nous serions tentés de regarder.

Je ne résiste d'ailleurs pas à vous donner la définition de l'idéologie dominante, telle qu'on la trouve sur Wikipédia.




On peut ne pas être marxiste, mais il est difficile de ne pas trouver dans les analyses des apôtres du libéralisme des relents d'idéologie dominante telle que Marx la décrivait.

Et ce qu'oublie de préciser Wikipédia, c'est que le tour de force de l'idéologie dominante n'est pas de faire croire aux pauvres qu'ils seront moins pauvres en travaillant pour les riches. Le tour de force de l'idéologie dominante est de réussir à faire croire qu'elle n'en est pas une.

Toujours grâce à Google, il est facile de vérifier comment les mots sont associés, et on arrive aux résultats suivants :

Les chiffres sont éloquents, le communisme est considéré trois fois plus comme une idéologie que le capitalisme.



Et ce ratio passe de 3 à 4 lorsqu'on interroge Google dans la langue de Shakespeare.

En clair, cela signifie que l'idéologie dominante, en plus de nous imposer ses règles en nous faisant croire qu'elles sont faites pour nous, s'impose comme un système naturel sur lequel il n'y a pas de questions à se poser, et cherche ainsi à échapper à notre réflexion.

Heureusement, tant que Google nous donnera une vision globale du langage tel qu'il est utilisé sur le Net, à défaut de disposer des outils nécessaires pour remédier à la situation, nous pouvons voir les chiffres qui nous alertent sur la façon dont nous pensons nos problèmes, ou sur celle dont nous ne les pensons pas.

Et puisque la révolution continue.


8 commentaires:

  1. Bonjour

    Nous sommes un couple de jeunes ingénieurs, fraîchement diplômés de l'agroalimentaire. Il parait que c'est encore un des derniers domaines qui recrute en 2013... pourtant, nous avons réfléchi, vu le monde, et surtout les horreurs qu'on nous apprend à mettre dans les aliments vendus en supermarchés. Nous avons donc décidé de faire en sorte de changer les choses. Nous nous sommes spécialisés dans la faim et la sous-nutrition, avant de comprendre que ce qui ronge ce monde et créé les inégalités, c'est bien notre société. Nous avons donc décidé d’agir à notre échelle et dans notre domaine, l'alimentation. Voici notre tout récent blog: http://toussurlamemeplanete.overblog.com/

    Bravo pour votre blog et votre initiative!

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    1. Merci et bravo à vous.
      Une vision globale, mais pas simpliste, c'est un beau défi que vous relevez :)

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  2. "Le tour de force de l'idéologie dominante est de réussir à faire croire qu'elle n'en est pas une."

    Et même à se faire oublier. Au point que l'on regarde ses conséquences comme des événements liés à la météorologie : que peut-on faire face à ce qui serait "naturel" ?

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    1. En effet, présenter la loi des marchés comme une loi naturelle et parler du développement durable pour décrire les exploitations non polluantes (ou seulement «moins» polluantes), cela fait partie des stratagèmes mis au point par ceux qui ont intérêt à ce que le système ne change pas... ou se durcisse.

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  3. Je bossais en Hongrie et j'avais des relations professionnelles en Bulgarie, Roumanie et d'autres pays de l'Est alors que le monde communiste s'effondrait. J'ai raconté ça sur mon blogue (Hongrie 1989). Parce que je songe toujours à cette année-là quand j'entends les perroquets éditocrates libéraux. Cette même déconnection entre idéologie et réalité quotidienne du plus grand nombre. J'ai cette impression de revivre des événements déjà vécus, d'assister à un nouvel effondrement tandis que le discours ambiant est à nouveau aussi éloigné de la réalité. Même si je le voyais venir, je me sentais incapable de prédire quand aurait lieu l'effondrement jusqu'au jour où... J'ai à nouveau cette même prémonition et cette même incapacité.

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    1. Les systèmes sur le point de s'écrouler nient jusqu'au bout... et scellent ainsi leur destin.

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  4. Votre raisonnement sur le nombre de pages google ne pourrait pas tout simplement s'expliquer par le fait que les gens auraient plus tendance à chercher des informations sur un système qui n'est pas en vigueur, au vue de la crise actuelle qui touche notre "bien-aimé" système capitaliste?
    En tout cas, vous avez un point de vue très intéressant sur le monde d'aujourd'hui, bien loin du "politiquement correct" qui a plongé nos sociétés dans une "pensée unique", formaté par les médias.
    Chapeau bas, vous gagnez à ce que les gens vous lise !

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    1. Merci :)
      C'est grâce à des encouragements comme ça que je trouve la force (et le temps) de continuer.
      Pour ce qui est de la recherche sur un système qui n'est pas en vigueur, je crains que Google soit plus une caisse de résonance qu'une source d'informations alternatives. D'ailleurs, le fait que les chiffres soient encore plus parlant dans le monde anglo-saxon, qui n'est pas épargné par la crise et qui est encore plus réticent que le nôtre au communisme, va dans ce sens.
      Maintenant, il est vrai qu'une étude fiable devrait prendre en compte le facteur "temps" pour voir si l'évolution de ces paramètres est influencée par des causes précises. Je compte monter quelque chose dans ce sens, mais cela ne se fera sans doute pas avant 2014.

      Merci encore pour votre message et à bientôt.

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